Presse

"Une Italienne de poche"

  • Altamusica.com
  • 30 juin 2010
  • L'Italienne à Alger de Rossini dans une mise en scène de Sergueï Safonov et sous la direction de Marc Bizzini au Théâtre Mouffetard, Paris.

    Sympathique, gaie, virtuose et sans prétention, l'Italienne à Alger de Rossini que propose en version de poche – un orchestre réduit à trois instrumentistes – chaque soir jusqu'au 3 juillet le Théâtre Mouffetard est une de ces réussites populaires qui ne peuvent que propulser le public vers les grandes salles d'opéra.

    Le plaisir vrai, voilà ce que l'on ressent après cette Italienne à Alger en réduction. Rossini avait 21 ans quand il a écrit cet opéra bouffe. Les interprètes de la compagnie In-Sense n'en n'ont pas beaucoup plus. Ils s'investissent à fond et prennent cette pochade au premier degré. Ils s'amusent et nous divertissent dans un orient kitsch et hollywoodien, tout en restant fidèles à l'oeuvre.

    L'orchestre est réduit à trois instruments (piano, violon et violoncelle). Le pianiste Marc Bizzini et la compositrice, également flûtiste, Laurence Huc sont les auteurs de cette réduction qui est peut-être encore plus trépidante et drolatique que l'orignal. Passionnée par ce genre d'interventions, Laurence s'interroge en ce moment sur un autre spectacle, Hänsel et Gretel de Humperdinck. Les autres musiciens sont le violoncelliste Lionel Allemand et le violoniste Ludovic Passavant qui, entre tango argentin et musique tsigane, est un passionné de manifestations antagonistes qui vont d'Opéra-Éclaté aux journées Ravel.

    Ce kaléidoscope musical est un plus pour de jeunes chanteurs qui, au contact de telles pointures, s'arrachent littéralement. Rossini est là tel qu'en lui-même, dans son inventivité et sa malice. L'histoire de l'Italienne à Alger, cocasse et fofolle, raconte comment Mustafa le bey, lassé par sa femme, rêve d'une autre conquête et se prend de passion pour une jeune naufragée italienne. Quiproquos, coqs à l'âne et autres irrévérences, tout se mélange, s'amuse, s'amourache multipliant les tours de passe-passe qui déjouent les projets du bey.

    Pas un moment de répit : pour mieux suivre l'histoire, les récitatifs habituellement donnés dans les grandes maisons d'opéra sont remplacés par des dialogues en français. Cela simplifie. Dans un décor de toiles peintes caricaturalement hollywoodiennes, futés ou pas, assez mal habillés, les héros nous divertissent par leur vélocité leurs acrobaties musicales. La contralto Marie Blanc, élève de Nadine Denize et de Michel Sénéchal, la basse Julien Joguet, le ténor Éric Laigle ont des voix et un talent qui pourraient dans les années à venir nous donner de grandes et puissantes émotions.

    Tout cela est classique, sympathique inventif et bon enfant : la quadrature du cercle musical.

"L'Italienne à Alger"

  • Blog Marie Ordinis
  • 06 juin 2010
  • L'Opéra-Bouffe du maître italien, prétexte exotique à envolées vocales, offre une des plus jouissives partitions du répertoire.

    Le Bey d'Alger –Moustapha – (la Turquie occupe alors, avant la France, cette contrée) se languit, auprès de sa femme Elvira, bonne mais ennuyeuse. Faite prisonnière par les Barbaresques, la sémillante Isabella correspond justement à ses attentes. Mais la belle Italienne, fort délurée, va lui apprendre la différence entre Chrétiennes et Musulmanes : la liberté. Berné par la rusée, le Bey va retrouver la douce soumission d'une épouse légitime avec soulagement.

    Bizzini et Safonov s'emparent avec jubilation de cette oeuvre légère et enjouée. Comment s'attendre à une mise en scène de l'Opéra de Paris, du Met ou de la Scala ? Il n'y a ni l'orchestre à cent têtes, ni les cuivres, mais le piano et les cordes d'interprètes brillants. Quant aux chanteurs, ils chantent juste et bien, même si cette version ne figurera pas dans les bacs à…lauréats.

    Imaginez le cahotement du Carrosse d'or. A l'intérieur, les saltimbanques approchent de Mouffetard. La couturière a réparé la robe, déchirée en Champagne. Le ténor rugit, se gargarise, vocalise et passe la tête à la portière.

    Voici tout le charme de ce spectacle : une troupe s'empare de la scène. Les artistes donnent et se donnent. Et le charme opère.

    Qui chante le mieux ? Alba Isus, suivante. Mais Marie Blanc (Isabella) à la voix chaude et profonde, évoque autant Garance que Liza Minnelli, et bouge avec grâce.

    Les hommes offrent quelques belles notes, avec un peu moins de constance. On distinguerait presque la malle à vêtements d'osier, derrière le rideau rouge. Les costumes de Thierry Grapotte évoquent l'enfance, les trouvailles au grenier. Et c'est enfant qu'il faut se retrouver pour jouir de ce spectacle.

    Comme pour l'opérette, Bizzini et Safonov ont introduit les intermèdes en français, ce qui aide à la compréhension de l'action. Bonne idée. Et les décors « gondolesques » rappellent les temps anciens du Mogador ou du Châtelet, belle fantaisie.

    Sur ces tréteaux, l'amour et le don soufflent et chantent et osent, en prime, nous divertir. Comment ne pas être heureux ?

"Le public ne s'y trompe pas, qui ne laisse pas cinq minutes se passer sans rire."

  • holybuzz
  • 28 mai 2010
  • « L'Italienne à Alger », opéra bouffe bien connu de Rossini, est actuellement au théâtre Mouffetard dans une adaptation qui se donne pour ambition de familiariser le grand public avec ce genre. Les moyens utilisés pour arriver à cette fin ont été multiples : réécriture de la partie musicale pour un trio (piano, violon, violoncelle), récitatifs parlés en français au lieu d'être chantés en italien, rapprochement de la partie théâtrale avec le style de la Commedia dell' Arte.

    Il en sort un spectacle très rythmé, dans lequel il ne se passe pas une seule seconde sans mouvement, mime, geste ou déplacement. La signature musicale est bien là, qui rend le côté brillant de Rossini. Les talents musicaux de la femme légitime du Bey et de celle qu'il convoite sont d'une évidence indiscutable, l'une par son aptitude à rendre toutes les émotions, l'autre par la puissance de sa voix. Le Bey, de son côté, joue une colère exemplaire, qui inventorie tous les sentiments qui se succèdent en cette circonstance (même si chez lui le chanteur l'emporte sur le comédien de sorte que certaines attitudes ne paraissent pas spontanées).

    Le comique est de tous les instants, que ce soit grâce au texte (« chez nous, ce sont les femmes qui forment les maris », propos de l'italienne à la femme du Bey) ou aux situations (la cérémonie du « Papatachi », qui évoque le « Grand Mamamouchi » de Molière). Le public ne s'y trompe pas, qui ne laisse pas cinq minutes se passer sans rire.

    Les lumières et le décor participent à la construction de cette ambiance légère. Résultat : on a les sentiment d'avoir (presque) tout compris et on ne voit pas le temps passer.

"Un grand bravo à tous les comédiens chanteurs."

  • idFM
  • 28 Mai 2010
  • Opéra en 2 actes, premier opéra comique de Rossini, dans lequel Isabella, belle Italienne naufragée en Algérie, arrive à rendre la liberté à Lindoro, son amant devenu esclave du bey Mustapha, bien que ce dernier soit tombé sous son charme au détriment d'Elvira, son épouse, que la subtile rapprochera finalement de son volage époux.

    Difficile partition très habilement chantée en solo ou en choeurs par la compagnie In-Sense soutenue par 3 musiciens qui excellent au violon, au violoncelle et au piano.

    Quelques scènes en français permettent au public de suivre facilement l'intrigue. La mise en scène de Sergueï Safonov laisse libre cours à l'imagination de chacun. C'est un beau moment accessible et enchanteur qui nous fait passer dans un autre monde, musical, sensuel et théâtral. Un grand bravo à tous les comédiens chanteurs.

"Le fougueux Bey Mustafa aimerait bien croquer Isabella, la belle Italienne au coeur al dente. Quand la passion est torride, l'amour suinte d'ébats, espérés par l'un et déjoués par l'autre."

  • Theatrotheque.com
  • -
  • L'Italiana in Algeri, Gioacchino Rossini l'écrivit en 1813 pour le théâtre vénitien, San Benedetto. C'est le premier opéra-comique considéré comme la seconde oeuvre majeure, après l'écriture de Tancredi. Dans cet opus à l'amour algérois, planent quelques airs du dernier opéra-comique de l'auteur, la Cenerentola.

    Le théâtre Mouffetard invite sa scène à partager un opéra réduit par dix chanteurs et trois musiciens. Le livret de Rossini tient toutes ses promesses en ce lieu voué d'habitude à des représentations classiques et contemporaines. La storia raconte le départ d'Isabelle de l'Italie, pour l'Algérie. Elle part le coeur serré, son amant Lindoro est pris dans la servitude d'un homme puissant et respecté en son pays, Mustafa.

    Mustafa, la puissance et le pouvoir l'enorgueillissent à un point qu'il porte, en son épouse Elvira, l'estime d'un amour échoué sur les rives bordant le grand palais. Il ne la connait plus, elle ne le reconnait plus. Elvira se console auprès de sa servante, une fille au bon tempérament devenue une confidente, une amie, une main tendue à l'incompréhension.

    Pendant ce temps, Isabella, doublée d'un charme et d'une beauté inouïs à faire pâlir un geai, parvient à franchir les portes du palais et à être présentée au Bey Mustafa. Dès lors, le prince des sables n'a d'yeux que pour la jolie fille, brune comme la Méditerranée les jours d'orage et bleue comme le ciel du petit matin, la rosée printanière évanescente.

    A la seule pensée pour elle, tout le reste s'occulte autour de lui. Elvira, un amour transfugé en stalactites d'où ne perlent que quelques gouttes qui donnent naissance à des stalagmites, la concrétion d'un ruissellement alimenté entre le rêve et la réalité. Isabella profite de la faiblesse de Mustafa, elle réussit à atteindre le firmament de la sensibilité de cet homme à la poigne de fer et au coeur tendre.

    Malade, il le sera car pris dans la toile d'estime qu'il aura filé au gré des sentiments et des contrariétés passagères rencontrées, cette toile s'étiole sur une passion impossible ; un amour sur lit de sable mouvant. Seuls retrouver Lindoro et lui rendre sa liberté constituent l'ambition de la belle Italienne. Qu'adviendra-t-il de Mustafa ? Se réveillera-t-il de ce long sommeil bercé par le chant d'une sirène à l'amour murène et à l'âme mutine ? Prendra-t-il de nouveau Elvira dans ses bras comme par le passé ? Isabella, retrouvera-t-elle son amant, involontairement converti, au joug du sérail d'un dignitaire oriental ?

    Serguei Safonov réalise une mise en scène adaptée pour le plateau proposé. Dans le respect du livret de Rossini, le Bel Canto laisse découvrir des airs mélodieux, impérieux, voluptueux comme savent les proclamer les voix transalpines. Des notes d'amours mariés à une musique lyrique jouée par un trio composé d'un piano, un violon et un violoncelle emportent le public dans l'Italie des grands opus des sentiments à la passion. La beauté de la mise en scène de Serguei Safonov, de la poésie populaire servie sur des airs rossiniens. Du bonheur.

    La scénographie, un palais sur fond de toile peinte, un décor facilement juxtaposable, des objets et autres colifichets complètent le tableau, un style épuré qui va d'aise avec le jeu scénique.

    La direction musicale assurée par Marc Bizzini, l'expérience enrichie de sa culture musicale et de la scène, mise au service d'Une Italienne à Alger, rythmée, enlevée, une harmonie parfaite avec les voix. Une réduction d'orchestre élogieuse et grandie par ce brillant trio de musiciens.

    Marie Blanc en Isabella, le personnage du livret de Rossini a été modelé pour elle. Le lyrisme italien se dévoile au public du Mouffetard, la grâce en mire et une voix de cristal ciselant chaque mot d'une dentelle de Florence.

    Mustafa interprété par Julien Joguet, un comédien à la hauteur de son talent, un magnifique Oriental francisé, une voix à briser de mille éclats le vers en cristal. Julien Joguet, une présence et une grande prestation. L'ensemble des comédiens-chanteurs et le choeur se sont donnés entièrement, sans compter une heure et quarante minutes durant. Dynamisme et vitalité les personnifient.

    Le théâtre Mouffetard, la sincérité se vit sur la scène avec cette invitation à venir voir de l'opéra théâtralisé pour tous. Merci Monsieur Pierre Santini.

"Une Italienne à Alger à dimension humaine"

  • LaTribune.fr
  • 11 juin 2010
  • Le Théâtre Mouffetard propose l'opéra bouffe de Rossini transcrit pour trois instruments. Ambiance chaleureuse assurée.

    Pas toujours facile lorsque l'on est passionné d'opéra d'aller voir des productions sans se ruiner. Heureusement, certains théâtres ont le bon goût de faire preuve d'imagination et de persévérance pour pouvoir satisfaire tous les publics. C'est le défi qu'a voulu relever le théâtre Mouffetard en produisant une Italienne à Alger de Rossini transcrite pour trois instruments (piano, violon et violoncelle). Et le résultat est pour le moins réussi même s'il n'est pas dépourvu de faiblesses.

    La salle étant assez petite, on est complètement plongé dans l'univers rossinien et son plaisir de la bouffonnerie. Cet opéra, écrit en 1813 à Venise, est le premier opéra comique du compositeur italien. Celui-ci, alors âgé d'à peine 21 ans, n'hésite pas à faire virevolter les notes, donnant un rythme effréné à cette oeuvre. Suivront d'ailleurs très vite d'autres opéras du même moule comme le Turc en Italie l'année suivante, ou le célébrissime Barbier de Séville deux ans plus tard.

    L'histoire est assez simple pour une fois : le bey Mustafa est las de sa femme dans son sérail algérois et voudrait séduire une étrangère. Une jeune italienne fait justement naufrage près de ses côtes. Il tente alors d'obtenir ses faveurs. Mais celle-ci, aussi belle que rebelle, va le mener par le bout du nez, obtenant finalement de convoler avec l'homme qu'elle a choisi, Lindoro, tout en parvenant à convaincre le bey de retourner dans les bras de sa belle.

    La mise en scène de Sergueï Safonov, gaie et inventive, sert parfaitement cet opéra aussi déluré que difficile à chanter. L'italienne, incarnée par Marie Blanc, est très convaincante dans son rôle de femme fatale. Sa voix possède une très belle couleur et se joue des difficultés rossiniennes. Le bey interprété par Julien Joguet est lui aussi irrésistible. Mais les autres seconds rôles ne sont pas à l'unisson. Et certains passages particulièrement techniques nous laissent sur notre faim. La transcription pour trois instruments est en tout cas fort réussie et nous permet de savourer comme il se doit cette musique ciselée. D'autant plus que la taille humaine de la salle rend cette réduction orchestrale bienvenue.

"Si vous aimez le bal canto, courrez au théâtre Mouffetard pour les applaudir !"

  • Le Denis Blog
  • 19 mai 2010
  • Le Bey Mustafa décide d'avoir pour femme une personne de caractère : une italienne. Il délaisse son épouse officielle lorsqu'échoue sur ses terres un navire italien et qu'est faite prisonnière une italienne. Elle va, par ruse et par séduction, le mener par le bout du nez et ainsi libérer tous les esclaves italiens et redonner son prestige à l'épouse esseulée.

    Un trio piano, violon et violoncelle accompagne les chanteurs. Comme c'était la première, les voix étaient peu sûres au début, mais les airs entraînant ont tôt fait de leur redonné la clareté initiale.

    Les chants sont en italien (bien sûr) et les texte en français. La mise en scène est très théâtrale pour que le public puisse comprendre se qu'il se joue devant lui sans l'aide d'un bandeau traducteur. Les décors sont au goût du jour : à combinaisons multiples, et très beaux.

    Si vous aimez le bal canto, courrez au théâtre Mouffetard pour les applaudir !

"L'orchestre donne la réplique avec légèreté et virtuosité aux dix chanteurs enrubannés."

  • LePoint.fr
  • 27 mai 2010
  • Le bey Mustafa s'ennuie dans son sérail algérois, las de son épouse Elvira, trop soumise à son goût. Il se met alors en tête de trouver coûte que coûte une Italienne au caractère pétillant. Isabelle, une Italienne aux formes plantureuses, vient justement de faire naufrage sur la rive qui borde son palais. Le bey est sous le charme et va tout faire pour la conquérir sans se douter des conséquences de cette quête amoureuse. Sergueï Safonov a choisi de mettre en scène le premier opéra bouffe de Rossini, L'Italienne à Alger , en le rapprochant du théâtre populaire. L'orchestre, réduit à un trio violon-violoncelle-piano, donne la réplique avec légèreté et virtuosité aux dix chanteurs enrubannés, voilés et chaussés à la mode ottomane. Dans un décor minimaliste : une immense porte au milieu pour le palais qui change de fonction au gré de l'action, et un petit minaret au loin pour Alger.

"Ce charmant spectacle est à déguster sans modération avec gourmandise."

  • ODB Théâtre
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  • Rossini a composé ce dramma giocoso en moins de 30 jours (entre 18 et 27 jours selon les sources) ! Sa création eu lieu le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto de Venise. Le livret d'Anelli se base sur l'histoire vraie d'une jeune aristocrate italienne enlevée par les pirates, et ramenée en Italie quelques temps après un séjour chez le bey d'Alger.

    Le livret ayant été remanié deux ou trois fois, Rossini s'est lancé dans l'extravagance, le délire et le loufoque ! Ah mais la gente féminine a la part belle à côté de ces messieurs, arrogants, couards. Rossini aimait les femmes et le chocolat, et selon la légende il trempait sa plume dans son bol plutôt que dans l'encrier !

    Nous écoutons ici la version originale pour trio (piano, violon, violoncelle) avec beaucoup de plaisir. La direction musicale de Marc Bizzini est digne d'éloge, les trois musiciens mènent à bien cet opéra léger et drôlissime où la folie musicale emporte tout sur son passage. Ouf ! tous les airs principaux y sont et les coupures dans la partition ne sont absolument pas gênantes pour qui connait bien cette oeuvre.

    Vocalement, après un début un peu timide, les interprètes prennent plaisir à chanter et à s'amuser avec nous. De jolies voix et de beaux timbres même si on aurait aimé parfois un peu plus de mordant dans certaines interventions.

    Le décor se transforme au gré de l'action, les portes du palais deviennent navire. Les costumes ont leur place aussi, le voile qu'Isabella refuse de porter mais qu'elle transforme en une coquette étole.

    Ce charmant spectacle est à déguster sans modération avec gourmandise. Vous passerez un bon moment !

"Une mise en scène simple et poétique permet de suivre l'histoire tout en se régalant d'une musique virtuose et allègre servie par de bons musiciens et chanteurs."

  • SNES
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  • Mettre en scène un opéra, accessible à tout public, avec 10 chanteurs et trois musiciens, dans un petit théâtre apparait comme un défi. C'est celui que relève avec brio Sergueï Safonov à la mise en scène et Marc Bizzini à la direction musicale en nous offrant cet opéra bouffe de Rossini. Le livret est très simple. Le bey d'Alger s'ennuie avec sa femme Elvira et se met à rêver d'une belle Italienne. Justement un naufrage lui en offre une, qui arrive au pied de son palais avec ses compagnons d'infortune. Le bey aussitôt se met à soupirer à ses pieds, mais la belle a plus d'un tour dans son sac et le mènera par le bout du nez pour parvenir à ses fins, retrouver la liberté et faire triompher l'amour.

    On oublie trop souvent que l'opéra est aussi du théâtre. Le metteur en scène, ici, ne l'a pas oublié : pas de surtitrages mais quelques récitatifs en Français permettent de comprendre l'action qui renvoie à un Orient de rêve où les chanteurs très proches des spectateurs peuvent faire partager leurs émotions. Les gestes sont dédramatisés, l'emphase, souvent obligatoire dans les grandes salles, disparaît et l'on est sous le charme de la musique virtuose, festive et sensuelle de Rossini. La scénographie, dans un espace aussi réduit devient très imaginative et insiste sur la poésie de cet Orient rêvé : un décor où un palais devient bateau, où des objets issus du monde de l'enfance complètent avec humour cet appel à l'imaginaire.

    Pour arriver à cette forme d'opéra libérée des contraintes des grosses productions, Laurence Huc a travaillé sur la réduction d'orchestre qui a permis de réduire à trois le nombre de musiciens présents sur scène : un piano, un violoncelle et un violon. Pour autant la musique respecte la virtuosité et la spontanéité de la musique de Rossini. Tous chantent en italien avec délectation pour notre plus grand plaisir. On écoute avec gourmandise ces voix qui nous disent les élans de l'amour et du désir, les vertiges de la séduction et les rires moqueurs de la belle Italienne, qu'interprète avec intelligence et humour Marie Blanc. Julien Joguet donne au bey Moustafa un côté petit tyran capricieux qui se fait mener en bateau et Jenny Alvaro donne à Elvira les accents de l'amoureuse qui cherche désespérément les moyens de reconquérir son époux volage. On n'a pas souvent le plaisir de voir un opéra monté dans une salle où l'on est au plus près des chanteurs et des musiciens, où une mise en scène simple et poétique permet de suivre l'histoire tout en se régalant d'une musique virtuose et allègre servie par de bons musiciens et chanteurs.

"Rossini en opéra de poche : direct et bon enfant."

  • Webthea.com
  • 3 juillet 2010
  • Présenter en format de poche un opéra composé pour grand orchestre et grandes voix est la gageure un peu folle entreprise par la jeune compagnie In-Sense qui propulse sur la petite scène du Théâtre Mouffetard L'Italienne à Alger, ce tourbillon musical que Rossini inventa à l'âge de 21 ans. Comme dans le monde de l'édition, « poche » est bien le mot qui convient, non seulement par les dimensions mais aussi par l'enjeu qui le nourrit : rendre l'opéra accessible à ceux qui le découvrent : des places pas chères, une familiarité du lieu, une présentation bon enfant. Et ça marche ! Le public se presse et s'amuse.

    Réduction de l'orchestre à trois instrumentistes (piano, violon, violoncelle), réduction des intervenants (chanteurs et choristes) à une petite dizaine de protagonistes, le tour à jouer st pas simple s'agissant de musique et de paroles dont la virtuosité peut donner le tournis. Laurence Huc, musicologue et flûtiste et Marc Bizzini, homme de performances, pianiste soliste et prof de piano se sont attelé à la réduction musicale et signent une jolie réussite. Rossini s'en sort sain et sauf, trépidant et drôle avec Bizzini au piano, Lionel Allemand au violoncelle et surtout Ludovic Passavant au violon qui tire de son archet des coloratures virevoltantes que les jeunes chanteurs sûrement lui envient.

    Quelques toiles peintes sur des éléments amovibles se déplacent, se plient, se retournent sous des jeux de lumières et tiennent lieu du décor d'un Orient de ciné kitsch. Mustafa le bey qui rêve d'Italie comme du paradis y règne en potentat de kermesse, terrifiant la brave Elvira son épouse légitime qui n'amuse plus ses nuits. Surtout depuis qu'il s'est amouraché d'Isabella, une belle naufragée italienne que ses services ont ramenée au sérail. Qu'Elvira épouse l'esclave Lindoro, bon débarras ! Mauvais calcul : Lindoro et Isabella sont amants et se reconnaissent. Alors Isabella, la toute belle et toute futée, met au point quelques tours de passe-passe qui déjoueront les plans du sultan et sauveront tout le monde dans un happy end endiablé.

    Plus d'amour que d'irrévérence

    Quelques coupures – forcément - et, en l'absence des surtitrages auxquels les maisons d'opéras ont habitué leur public, des dialogues en français s'intercalent entre les scènes, remplaçant partiellement quelques récitatifs d'origine. Rossini résiste très bien à ce traitement davantage fait d'amour que d'irrévérence. C'est direct et bon enfant. Serguei Safonov, comédien et metteur en scène organise joliment son petit monde dans l'espace de son petit enclos. Les voix sont pour la plupart des fruits encore verts pour se mesurer aux redoutables acrobaties rossiniennes. Ils sont trois à jouer les Frégolis des petits rôles et à former le choeur, Julien Joguet/Mustafa a la souffle court mais fanfaronne avec bonhomie, en Taddeo Philippe Scagni joue les agents double, Alba Isus, Elvira éplorée sous son voile, dispose de belles ressources. Dans le rôle titre la mezzo soprano Marie Blanc sort nettement du lot, son Isabella est une sacrée pépée, belle plante au jeu langoureux et à la voix de velours capable de grimper haut.